24/07/2008

Histoire de la peinture - La "première" Renaissance (1420-1500)

..
Les numéros [ 1 ] à [ 9 ] renvoient aux descriptions des illustrations (en fin d'article).
Cliquez sur les images pour augmenter l
eur taille.

.

Après la période gothique, la Renaissance artistique se décompose en trois époques : la première Renaissance (1420-1500), la haute Renaissance (1500-1530) et la Renaissance tardive (1530-1580).


A partir de 1420, les œuvres de Masaccio seront LA référence pendant tout le quattrocento (XVe siècle), grâce à ses recherches innovantes sur la profondeur, les proportions et la lumière [1]..

....

.

C’est aussi l’époque de plusieurs tournants technologiques dans l’histoire de l’art, qui iront dans le sens de la représentation du réel tel qu’on le voit :

- L’utilisation de la peinture à l’huile remplacera progressivement la détrempe (ou tempéra, une peinture à l’eau). De nouveaux effets de dégradés et de transparence seront possibles.

- La découverte des lois de la perspective (1424) finira de faire reculer le sacro-saint fond doré au profit d’une représentation réaliste de l’espace.



Pourtant, une grande partie de l’Europe aura du mal à se défaire du style gothique international , avec son manque de profondeur, ses couleurs vives, ses personnages naïfs et maniérés.

Quand même, les différentes écoles retrouvent leurs divergences de style :

.

- anguleux, minutieux et cruellement réaliste en Flandre [2],

.

....


- sensuel, idéalisé et chatoyant à Florence [3],

.

....


- équilibré en France (sensuel sans exubérance et réaliste sans cruauté) [4],

.

....


- tourmenté et caricatural en Allemagne [5].

.

....



Puis rapidement, notamment en Flandre et à Florence, des artistes virtuoses exploiteront les nouvelles techniques (peinture à l’huile, lois de la perspective), pour prolonger l’héritage classique gréco-romain. L’ambiance est solennelle, avec une grande rigueur géométrique et anatomique. Cependant, les thèmes religieux restent majoritaires, avec aussi beaucoup de portraits (nobles et clergé) et l’émergence de scènes de genre.


En Flandre, les artistes mettent en scène des scènes religieuses dans des intérieurs bourgeois de l'époque. Les portraits sont nombreux, dans un style réaliste et austère. La technique est d'une précision et d'une subtilité incroyables [6].

.

....


A Florence, on préfère les décors à l'antique, avec des effets de perspectives dignes de dessins d'architectes. Les portraits sont idéalisés et colorés, souvent de profil. La technique est plus grossière et approximative que celle des flamands [7].

.

....



Vers la fin du siècle, la mode du style précieux revient à Florence. On abandonne les effets de perspectives et les physionomies s'allongent, avec des postures maniérées et sensuelles, y compris dans les scènes religieuses. On voit émerger des scènes mythologiques ou allégoriques, prétextes à des tableaux décoratifs qui annoncent le maniérisme de la fin du siècle suivant [8].

.

....


Pendant ce temps, la Flandre reste fidèle à son style, avec un soupçon de sensualité et de sentimentalisme supplémentaire [9].

.

....



Pour les primitifs flamands et florentins, la première Renaissance a été une période de rupture avec le Moyen-âge. Les styles ont été variés mais les bases ont été posées, pour ouvrir la voie aux autres pays d’Europe.

Cette révolution artistique atteindra sa maturité et sa perfection au début du XVIe siècle, sur tout le continent… on appellera cette période la Haute Renaissance.



Consulter le sommaire des articles sur les arts plastiques : cliquez ici.



Description des illustrations :


[1]

MASACCIO – Le baptème des néophytes (1426-27) – Fresque, 255 x 162 cm – Chapelle Brancacci, Santa Maria del Carmine (Florence).

MASACCIO – L'expulsion du Jardin d Eden (1426-27) – Fresque, 208 x 88 cm – Chapelle Brancacci, Santa Maria del Carmine (Florence) : le premier nu masculin (avec sexe visible) de l'histoire de la peinture chrétienne !

[2]

Roger van der WEYDEN – Diptyque du portrait de Philippe de Croy (vers 1460) – Huile sur panneau, 49 x 31 cm – Henry E. Huntington Library (San Marino).

Jan van EYCK – Le jugement dernier (1420-25) – Huile sur bois transféré sur toile, 56,5 x 19,5 cm – Metropolitan Museum of Art (NewYork).

[3]

Benozzo GOZZOLI – Madone à l'enfant (vers 1460) – Tempéra sur panneau, 84,8 x 50,6 cm – Institute Of Art (Detroit).

FRA ANGELICO – Déposition de la croix (1437-40) – Tempéra sur panneau – Museo di San Marco (Florence).

[4]

Jean FOUQUET – Vierge et enfant entourés d'anges (vers 1450) – Bois, 93 x 85 cm - Koninklijk Museum voor Schone Kunsten (Antwerp).

Enguerrand CHARONTON (ou QUARTON) – Pietà de Villeneuve-lès-Avignon (vers 1460)– Tempéra sur bois, 162 x 218 cm – Musée du Louvre (Paris).

[5]

Martin SCHONGAUER – Madone au buisson de roses (1473) – Tempéra sur bois, 201 x 112 cm – Saint Martin (Colmar).

Hans MULTSCHER – Prière sur le mont des oliviers (1437) – Panneau, 148 x 140 cm - Staatliche Museen (Berlin).

[6]

Rogier van der WEYDEN – Triptyque de l'annonciation (vers 1440) – Huile sur panneau (panneau central), 86 x 92 cm – Musée du Louvre (Paris).

Rogier van der WEYDEN – Portrait d'une dame (vers 1455) – Huile sur panneau, 37 x 27 cm – National Gallery of Art (Washington).

[7]

Piero della FRANCESCA – Flagellation du Christ (1455-60) – Tempéra sur bois, 59 x 81 cm – Galleria nazionale delle Marche (Urbino).

Antonio del POLLAIUOLO – Portrait d'une jeune femme (vers 1475) – Tempéra sur bois, 55 x 34 cm – Galerie des Offices (Florence).

[8]

Giovanni BELLINI – Christ mort supporté par deux anges (1480-85) – Tempéra sur panneau, 83 x 68 cm – Staatliche Museen (Berlin).

Sandro BOTTICELLI – La naissance de Vénus (vers 1485) – Tempéra sur toile, 172,5 x 278,5 cm – Galerie des Offices (Florence).

[9]

Hans MEMLING – Bathsheba (1485) – Huile sur bois – 191 x 84 cm – Staatsgalerie (Stuttgart).

Hugo van der GOES – La mort de la Vierge (vers 1480) – Huile sur bois, 147,8 x 122,5 cm – Groeninge Museum (Bruges).