25/06/2009

La géométrie des peintres au Moyen-Age

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Voici le début d'une nouvelle série d'articles, sur la composition geométrique des tableaux, dans l'art occidental. Je démarre par le Moyen-Age, quand apparaissent les premiers tableaux à accrocher.
A cette époque de grande religiosité, on associe la Beauté à Dieu, le "Grand Architecte de l'Univers".
Les scènes représentées s'inscrivent souvent dans une figure géométrique simple, régulière, symétrique - en un mot : parfaite - qui sert de cadre dans le cadre.
Ici le compas est roi, car il permet de trouver le centre d'un segment ou de tracer n'importe quelle figure (carré, hexagone,...), sans règle graduée, ni équerre, ni rapporteur.
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Voici quelques exemples de compositions, parmi les plus évidentes.
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Cliquez sur les images pour les agrandir
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Au début du Moyen-Age (art roman et icones byzantins), les figures géométriques sont très basiques. Ici, le cercle inscrit dans un carré est un symbole classique de l'âme enfermée dans le corps... Evidemment, la croix de l'auréole est basée sur les axes de symétrie du carré et du cercle, qui les coupent en quatre quartiers identiques.
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Au début de la période gothique, le dessin se complique un peu. Voici une composition qui s'inscrit dans un grand losange, lui-même inscrit dans le cadre. Ce losange est décomposé en plusieurs autres losanges, quatre fois plus petits, qui délimitent les détails de la scène (visage de Marie, bras et torse de l'enfant, ...).
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La Vierge en majesté et les torses des anges, s'inscrivent dans un hexagone. Chacun de ses six secteurs triangulaires est réservé à un ange. On peut partager la hauteur de l'hexagone en quatre, pour trouver le rayon de trois cercles superposés, qui servent de frontière entre la maternité et les anges.
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Le format carré limite les possibilités, avec le risque d'une composition trop figée. L'artiste s'en sort bien, en utilisant les directions des diagonales et un carré renversé (losange), qui imposent leur dynamique oblique : pente des toits, inclinaison du corps de Marie, des montagnes et de la foule. Le sévère carré autorise aussi d'y inscrire un quart-de-cercle, forme plus douce qui guide le dessin de Marie.
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Aaaah, le pentagone ! Cette figure est la quintescence de la perfection géométrique, puisqu'elle y répète à l'infini, la proportion divine (ou nombre d'or : 1,618...). Chaque triangle, grand ou petit, qui s'inscrit dans le pentagone ou dans le pentagramme (étoile à 5 branches) a la même proportion : le nombre d'or.
En clair : Grand côté = Petit côté x 1,618.
Regardez les personnages se contorsionner, pour suivre les directions de tous ces triangles imbriqués !
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Cette image s'inscrit dans un rectangle d'or : Grand côté = Petit côté x 1,618.
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Cette figure a une caractéristique remarquable : on peut la partitionner en un carré et un autre rectangle d'or plus petit, qu'on peut encore partitionner, à l'infini. Si on ajoute les axes de symétrie, on a une structure quadrillée sur laquelle on peut appuyer des cercles, qui guideront les arcs du dessin.
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Encore un rectangle d'or ! Mais cette fois, il est partitionné selon les traits de construction. Car pour tracer un rectangle d'or au compas, on part d'un "double-carré" (en bas), puis on reporte la longueur de sa diagonale, verticalement, au-dessus de ce "double-carré" :
Largeur (rectangle d'or) = Longueur (double-carré)
Longueur (rectangle d'or) = Largeur (double-carré) + diagonale (double-carré).
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A suivre : la géométrie des peintres à la Première Renaissance (15e siècle), avec des compositions basées sur les proportions des consonances musicales...
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En savoir plus sur l'art médiéval : la peinture romane et la peinture gothique.
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Légende des illustrations :
- LA BIBLE MORALISEE (Extrait) - Le Grand Architecte de l'Univers (13e siècle) - Bibliothèque Nationale d'Autriche.
- ICONE RUSSE - Christ Acheiropoietos (11e siècle).
- DUCCIO di Buoninsegna - Madona à l'Enfant (années 1280) - Détrempe sur bois (68 x 47 cm) - Chiesa dei Santi Lorenzo e Ippolito (Castelfiorentino).
- CIMABUE - Vierge entourée d'anges (1290-95) - Panneau (424 x 276 cm) - Musée du Louvre (Paris).
- ECOLE ITALIENNE - Adoration des Mages (v. 1330) - Détrempe sur peuplier (515 x 465 mm) - Musée Fresch (Ajaccio).
- ECOLE FRANCAISE - Panneau peint de Sauvagnat (Auvergne) - Crucifixion (14e siècle) - Peinture sur bois (145 x 122 cm) - Musée National du Moyen-Age (Paris).
- CATARINO - Couronnement de la Vierge (1375) - Détrempe sur panneau (89 x 58 cm) - Gallerie dell'Academia (Venice).
- ANONYME Français - Psaultier du Duc de Berry (extrait, 1380-1420) - Enluminure sur parchemin - Bibliothèque Nationale (Paris).
Article original, par Thierry Doukhan